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Carnaval de Dunkerque: Chahuts les copains !

De janvier à avril, la région Dunkerque fête ses racines et vit au rythme du carnaval. Chaque année, 40 000 mastars grimés et emperruqués se donnent rendez-vous les jours qui précèdent le mardi gras
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Carnaval de Dunkerque: Chahuts les copains !

Tiens bon d’sus, gare à tes techt’ches*, viens jouer avec mon wiche* : à l’approche du rigodon final, les carnavaleux de Dunkerque soignent leur langage. C’est qu’il en faut du courage pour affronter les Trois Joyeuses, dimanche, lundi et mardi gras.

Trois jours et surtout trois longues nuits d’agapes ininterrompues pendant lesquels la fête atteint son paroxysme et qui marquent le point culminant du carnaval. Dans un délire collectif et orgiaque, quelque 40 000 mastars en bas résilles se rassemblent pour former les fameuses bandes de Dunkerque, de la Citadelle et de Rosendaël.

En rangs, côte à côte en première ligne, les gros bras, qui ont pour certains plusieurs dizaines de carnavals au compteur, organisent et contiennent les chahuts. Leur rôle est de bloquer et de retenir les deuxièmes lignes, tandis que des milliers de participants déchaînés poussent et sautent tant qu’ils peuvent, en vociférant par derrière.

Pendant ce temps, certains carnavaleux préfèrent se désolidariser du groupe. Ils s’en vont joyeusement au son des fifres et des cuivres à l’assaut des chapelles (maisons dans lesquelles des Dunkerquois invitent les carnavaleux à se boire et manger). Parmi la foule bigarrée, des hommes bien sûr, braillards et gueulards d’avant, mais aussi des femmes, moins nombreuses, généreuses et gouailleuses.

Les harengs sortent !

Tous sont venus dans un tintamarre de couleurs, mettre à feu et sang la ville de Dunkerque, sous la silhouette impassible de la gloire maritime locale, Jean Bart (1650 -1702), intrépide corsaire sous Louis XIV et grand pourfendeur de frégates anglaises devant l’éternel.

Les origines du carnaval de Dunkerque remonteraient au 17e siècle. A l’époque, les armateurs offraient une fête (avance sur salaire et festin), la veille du départ aux marins qui s’embarquaient pour la pêche à Islande. Cette fête, ou plutôt cette beuverie organisée était censée conjurer l’isolement, les privations et les craintes de naufrage qui accompagnaient une campagne morutière qui durait alors plus de six mois.

Un jour, le départ pour l’Islande coïncida avec la célébration des jours gras qui annonçait le début du carême. Les marins se sont alors parés de masques et de déguisements pour participer aux réjouissances. Après un passage à vide au début du 20ème siècle, le carnaval de Dunkerque revient depuis quelques années en force.

Il attire aujourd’hui toute une population qui voit dans la fête l’un des meilleurs moyens de renouer avec les racines joviales et festives du Nord. Au crépuscule du dernier jour de liesse qui marque la fin programmée des Trois Joyeuses, le maire de Dunkerque a coutume d’haranguer la foule. Du haut du balcon de l’hôtel de ville, il jette à la marée humaine montante, plusieurs centaines de kilos de harengs, klippers, et autres homards en plastiques.

Dopés à l’huile de foie de morue, les masquelours* entament une dernière sarabande, dos contre ventre, dans un enchevêtrement inextricable de guêpières fatiguées et de porte-jarretelles distendus. C’est ce qu'on appelle le rigodon final, moment de symbiose parfaite où la compression des corps est telle, qu’elle dégage un nuage de vapeur au-dessus de la mêlée luisante. Bientôt les bandes poisseuses et rieuses se pressent autour du kiosque pour entonner à gorge déployée la Cantate à Jean Bart, l’hymne du carnaval, qui rend une dernière fois hommage au héros de la ville. Ames sensibles accourir…

© oopartir.com – 2017 - David Raynal



En savoir plus
Visitez le site officiel de la ville de Dunkerque www.ville-dunkerque.fr/
Sur le Carnaval : www.ville-dunkerque.fr/fr/je-vis-adunkerque/carnaval-dunkerque/index.html

Lexique du Carnaval
* Têt'che : Sein. On le retrouve dans la chanson "Avec la femme à Neche, on a bien rigolé, on a sucé ses têt'ches, on a bu tout son lait". Le carnaval est une fête populaire et grivoise.
* Wiche : Sexe masculin. Parfois coquin, le carnaval chante "viens jouer avec mon wiche, cinq minutes, c'est pas longtemps et mon wiche y s'ra content".
* Masquelour : Carnavaleux qui fait la bande

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