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Reportage de voyage

Patagonie, voyage au bout du monde austral

Périple en bus, depuis Buenos Aires jusqu'à l'île de Chiloé, à la découverte de cette vaste région du sud du continent sud-américain, que se partagent l'Argentine et le Chili.

péninsule Valdès

Le mois de décembre marque le début de l'été austral, la bonne saison pour visiter la Patagonie. Notre bus quitte Buenos Aires et la Estacion terminal de Omnibus de Retiro à l'heure du déjeuner. Cap au sud, vers cet immense territoire qui occupe le cone sud de l’Amérique latine, presque un tiers de la surface du continent. Notre destination du jour: Puerto Madryn, la porte d'entrée de la Péninsule Valdès.


plage de Puerto Madryn

La classe semi-cama (gamme de prix intermédiaire) offre un bon confort, avec l'inclinaison des sièges à 140° et repose-pieds. De quoi rendre supportable ce trajet d'une vingtaine d'heures, d'autant plus long que seule la nuit rompt la monotonie des paysages traversées, steppes arides inhabitées, plaines désolées balayées par le vent. 

Nous arrivons le lendemain matin à Puerto Madryn. La journée sera l'occasion de découvrir cette station balnéaire vivante et animée, surtout le soir, mais sans charme malgré sa grande plage.


Le matin suivant, il est 8h quand nous quittons Puerto Madryn pour la péninsule Valdes, avec une voiture louée pour l'occasion (100 000 pesos par jour, environ 60€). Sur la route, nous croisons de nombreux guanacos (famille des lamas), des landus (petites autruches), des tatous (mammifères dont une plaque osseuse sur la tête, le dos et la queue sont couvertes d'écailles), des maras et des renards (ou zorros gris). Nous passons par une sorte de péage (accès à la péninsule pour 45 000 pesos/pers) où se trouve un intéressant Centre d'interprétation.


Après 2 heures de route depuis Puerto Madryn, nous arrivons enfin à Punta Norte où l'on peut voir, en surplomb d'une petite falaise, se prélasser éléphants de mer et otaries à crinière (les orques passent parfois dans les parages, en mars-avril, venant se saisir de leurs petits). Étape suivante, Punta Cantor et la Caleta Valdes. La falaise est en revanche assez haute et les animaux plus éloignés.

A deux pas de là en revanche, au bord des parkings, on peut cotoyer de flegmatiques manchots de Magellan peu préoccupés par notre présence. Au retour, halte dans l'agréable petite station de Puerto Piramides bordée par une grande plage de sable gris. Mais même en pleine été, l'eau ne dépasse pas les 16/17°. 




Punta Loma

Chaque année, d'août à mi-décembre, c'est aussi l'époque de la reproduction et de mise bas pour les baleines franches australes, qu'on peut voir depuis Puerto Madryn et Puerto Piramides. On peut aussi y observer la parade nuptiale des mâles pour obtenir les faveurs de la femelle courtisée.

Le lendemain, cap sur Punta Loma, à 17km au sud-est de Puerto Madryn, où l'on trouve une importante colonie d'otaries à crinière. Ceux-ci occupent une plage bordée par une falaise où se nichent des cormorans.



El Calafate

Ce mardi, départ d'un marathon en bus – 24 heures environ - jusqu'à El Calafate. En effet, faute d'avoir réservé à temps, nous devons changer de bus à Caletta Olivia, puis à Rio Galegos. A l'arrivée l'état de fraîcheur des troupes est toute relative. Mais le spectacle fait vite oublier la fatigue quand surgissent les premiers contreforts et sommets - enneigés pour certains d'entre eux - de la Cordillère des Andes, et bientôt les couleurs bleu turquoise des lacs.


principale artère d'El Calafate

Surprise, la température à El Calafate est agréable (environ 20° dans l'après-midi) et seul un polo suffit. Cette ville de 35 000 habitants, sans charme particulier, n'en est pas moins animée, avec ses nombreux restaurants. L'occasion d'apprécier l'excellente cuisine de l'un d'eux, Nicola, dans une rue parallèle à la rue principale.


Perito Moreno

Ce matin, tournée des agences de location de voiture dans le centre d'El Calafate, afin de se rendre jusqu'au Perito Moreno, le plus spectaculaire glacier au monde. Réponse : aucun véhicule disponible sur les 3 prochains jours. On bascule sur l'option taxi. Il nous en coûte 140 000 pesos en cash (euros acceptés), 20% de plus pour un règlement par carte. 

L'entrée dans le parc coûte 45 000 pesos / pers. Après une heure de route, nous voilà arrivé dans l'un des deux parkings du site. Les points de vue s'enchainent sur les 4km de passerelles permettant de saisir toute la dimension de ce champs de glace de 250 km², d'une longueur de 30 kilomètres, la troisième plus grande réserve d'eau douce au monde.




El Chaltén

Tout au long de la balade, on est captivé par le glacier, le regard comme aimanté par cette coulée de glace blanche, par endroit aux reflets bleus. 

Le lendemain, nous prenons le bus de 10h (Taqsa) et arrivons 3h15 plus tard à El Chaltén, une petite ville (13 000 hab) sortie de terre il y a à peine un demi-siècle (sa fondation remonte à 1985). Le site est magnifique, ouvrant sur quelques montagnes au sommets enneigés, dont le célèbre Fitz Roy (3500m).

le village d'El Chaltén

Première halte au restaurant Patagonicus (excellents raviolis) proche de la gare routière. Puis traversée du bourg avec l'entrée de l'accès au Parc au bout de la très animée rue San Martin, d'où démarre la rando la plus plébiscitée, celle du Fitz Roy. Entrée 45 000 pesos (la moitié avec le billet d'entrée pour le Perito Moreno). 

Une belle montée d'environ 1h30, sur un sentier assez large traversant surtout des forêts de résineux, avec par séquences de splendides passages en balcons offrant des vues panoramiques sur les vallées environnantes. Une autre belle balade, là encore d'une demi-journée, mène au cerro Torre, d'où l'on admire le lac et le glacier. On peut aussi prévoir une rando plus longue et dormir au camping de Campamento de Agostini.


vue extérieure du Glaciarium, le musée des glaciers à El Calafate

Le séjour à El Calafate se termine par la visite du Glaciarium, centre d'interprétation dédié aux glaciers en général et au Perito Moreno en particulier. Situé à 5km du centre ville (d'où partent des navettes gratuites), avec vue sur le lac Argentino, ce musée intéressant mérite largement la visite, surtout si le temps est pluvieux. 

Le lendemain, nous mettons le cap sur Rio Gallegos où nous sommes obligé de passer la nuit, faute de bus allant diretement à Ushuaïa. En route pour la capitale de la Terre de Feu, nous passons par deux postes frontière et le passage du bac dans le Detroit de Magellan.


Ushuaia

Ushuaia est une ville en pleine expansion, dont la population est passée, depuis le zdébut du siècle, de 20 000 à 95 000 habitants. Sans grand charme, même bordée par les cimes enneigés de quelques massifs, elle n'en est pas moins vivante et animée, surtout sur son artère principale, avenida San Martin, prise d'assaut quand le port tout proche accueille 3 ou 4 paquebots de croisière.


Museo maritimo y del Presidio

La visite des musées s'impose les jours de pluies. Mais ils sont fermés le lundi. Nous visiterons donc le très intéressant Museo maritimo y del Presidio, aménagé dans une ancienne prison (Ushuaia s'est en partie développée comme bagne au début du xxeme siecle). L'occasion aussi d'appréhender les cultures des multiples peuples amérindiens décimé par les maladies et les massacres des colons européens entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle.


L'après-midi, pour 100 000 pesos, un taxi pris boulevard Maipu nous transporte jusqu'au parque nacional Tierra del fuego. Le lendamain, apres avoir visité le matin le Museo del Fin del Mundo (et son annexe, les deux sur Maipu), nous embarquons l'après-midi pour une croisière de 3h sur le Canal de Beagle (75 000 pesos, environ 45€). Dommage mais le catamaran, en raison d'un problème de moteur, ne pourra aller jusqu'au Faro (phare) des Eclaireurs.


Punta Arenas

Réveil le lendemain en pleine nuit (bus à 3h du mat), nous mettons le cap sur Punta Arenas, à l'extrême sud du Chili, au bord du Détroit de Magellan bordant les îles de la Terre de Feu. Une ville en damier, comme Ushuaïa, connaissant elle aussi une forte expansion de sa population, mais trois fois plus peuplée (au moins 160 000 habitants). 

Le lendemain, un taxi nous mène jusqu'à la Reserva nacional de Magallanes, d'où nous partons pour une marche de 2 heures. Sympa surtout pour la vue depuis le Mirador, après avoir traversé une forêt de bouleaux.

Punta Arenas

Ce matin, nous prenons le ferry (départ 10h30) pour l'île Magdalena, l'une des plus grandes pinguineras de Patagonie, situé dans le Détroit de Magellan, à 35km au nord-est de Punta Arenas. Les deux jours précédents, avec les eaux du détroit démontées, battues par des vents trop forts, ferries et catamarans sont restées à quai.

île Magdalena

Des dizaines de milliers de manchots de Magellan se réfugient sur Magdalena d'octobre à février. Un sentier traverse un tiers de l'île, passant par son phare au sommet. Ce n'est pas le cas de notre ferry, mais certains bateaux passent au bord de l'île Marta voisine, permettant d'y admirer des lions de mer et cormorans.


Bariloche

Notre voyage dans l'extrême sud du continent prend fin. Nous prenons l'avion pour Puerto Montt, au Chili, proche de l'île de Chiloé, notre destination (lire notre reportage Chiloé, île singulière sur la côte chilienne). Notre dernière étape en Patagonie nous mène ensuite à Bariloche

Cette station touristique est très fréquentée et animée dans son centre, surtout rue B.Mitre, débouchant sur la Plaza de Armas. Juste au-dessus, rue Moreno se prend le bus 20 (souvent pris d'assaut en été) menant jusqu'au Cerro Campanario, à 17km de Bariloche. A l'entrée du site, on peut soit emprunter un chemin menant jusqu'au célèbre point de vue, soit (pour les plus feignants) prendre un télésiège.


Vue en haut du Cerro Campanario (Bariloche)

De là-haut, on profite d'une vue spectaculaire (et à 360°) sur les monts et les lacs environnants. A 10km de Barriloche se trouve aussi le Cerro Otto, offrant parait-il une belle vue quoique moins spectaculaire que le Cerro Campanario. 

L'heure est venue de quitter la Patagonie. Cap sur Mendoza en bus pour les uns, sur Santiago ou Buenos Aires en avion pour d'autres. C'est là, au bord du lac Nahuel Huapi - un nom qui ferait allusion à l'animal totem du peuple Mapuche, le jaguar - que prend fin notre inoubliable voyage au bout du monde.

© oopartir.com - 2026 - texte et photos Vincent de Monicault



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